Tehching Hsieh, une année comme protocole

Le 11 septembre 1978, Tehching Hsieh s’enferme dans une cellule.

Une pièce de 3,5 mètres sur 2,7, construite de ses mains dans son atelier new-yorkais. Pas de livres, pas de musique, pas de télévision, pas de conversation. Un lit, un lavabo, un seau pour les besoins, une fenêtre minuscule à barreaux. Un ami passe chaque jour pour lui apporter de la nourriture et vider le seau. Hsieh reste enfermé exactement un an. Il sort le 11 septembre 1979.

Ce n’est que le début.

Entre 1978 et 1986, Tehching Hsieh réalise cinq « Year Performances », cinq protocoles d’une durée exacte d’un an chacun. Après la cellule, il pointe une machine à pointer toutes les heures, 24 heures sur 24, pendant un an… en se photographiant à chaque pointage. Il vit dehors, dans la rue, sans jamais entrer dans un bâtiment, pendant un an. Il est attaché par une corde de 2,5 mètres à l’artiste Linda Montano pendant un an, sans jamais se toucher. Enfin, il ne fait rien d’artistique, ne voit pas d’art, ne parle pas d’art pendant un an.

Chaque performance est documentée avec une rigueur absolue. Contrats signés devant notaire, témoins, photographies, vidéos. Le protocole est public avant le début. Les règles sont posées, claires, non négociables. Et Hsieh les tient. Toujours. Jusqu’au bout.

Ce qui est vertigineux dans le travail de Tehching Hsieh, c’est l’échelle. Une année entière comme unité de base. Pas une heure, pas une semaine… un an. Le temps d’une vie ordinaire, d’un cycle complet de saisons, de moments heureux et de moments difficiles, de maladies et de fatigue et d’envie d’arrêter… tout ça à l’intérieur d’un protocole qu’on ne peut pas rompre parce qu’on l’a signé devant témoins.

Il parle lui-même de ses performances comme d’une façon de « perdre du temps pour montrer que le temps passe ». Ce n’est pas du nihilisme… c’est une méditation radicale sur ce que c’est que d’être en vie. Sur ce qu’on fait de ses journées. Sur la différence entre subir le temps et le traverser avec intention.

Après 1986, il passe treize ans sans créer. Puis annonce que sa vie entière, de 1986 à 1999, était sa dernière performance. Treize ans de vie ordinaire érigés rétrospectivement en œuvre d’art. La boucle est bouclée.

Ce que Tehching Hsieh apporte à l’OuViePo est peut-être la leçon la plus radicale de toutes… et la plus libératrice. Si une année entière peut être un protocole, alors n’importe quelle durée peut l’être aussi. Une semaine à photographier le ciel chaque matin. Un mois à noter chaque soir ce qu’on a remarqué. Un an à écrire la date sur un carnet. La contrainte n’a pas besoin d’être extrême pour être réelle. Elle a besoin d’être tenue.

C’est tout. C’est suffisant.

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