Quelques artistes qui ont inspiré les contraintes OuViePo

Les contraintes OuViePo ne sont pas inventées ex nihilo. Chacune est reliée à une pratique artistique réelle, à un geste documenté, à une œuvre qui a montré que c’était possible. Voilà quelques-uns des artistes qui ont rendu tout ça imaginable.

Tout commence avec Fluxus. Ce mouvement international des années 1960, né autour de George Maciunas, a posé la question fondamentale : et si n’importe quel geste ordinaire pouvait être de l’art ? Les event scores, ces partitions d’actions minimalistes, en sont l’expression la plus pure. George Brecht écrit sur un carton : « DRIP MUSIC. A source of dripping water and an empty vessel are arranged so that the water falls into the vessel. » Une source d’eau qui goutte et un récipient vide sont disposés de façon à ce que l’eau tombe dans le récipient. C’est tout. C’est de l’art. Fluxus est la matrice directe de l’OuViePo.

Joseph Beuys, figure centrale de Fluxus, est allé plus loin encore avec le concept de sculpture sociale : l’idée que la société entière peut devenir une œuvre, que chaque être humain est un artiste, que la créativité n’est pas un don réservé à quelques-uns mais une capacité universelle qui attend d’être activée. Sa phrase, « Jeder Mensch ist ein Künstler », est l’une des trois fondatrices de l’OuViePo. Pas comme une citation décorative… comme un programme.

On Kawara passe 48 ans à peindre chaque jour la date du jour sur une toile monochrome. Rien d’autre. La date, le format, la couleur noire sur fond sombre. Si la toile n’est pas terminée avant minuit, il la détruit. Cette discipline absolue, ce protocole quotidien sans exception, est l’une des inspirations directes des contraintes de durée et de répétition dans l’OuViePo. Ce que Kawara dit sans le dire : le temps est un matériau. La vie est une œuvre en cours.

Roman Opalka, lui, commence en 1965 à peindre des chiffres à la suite, du 1 jusqu’à sa mort. Tableau après tableau, la même toile recommencée, les chiffres de plus en plus petits au fil des années… jusqu’à ce que le fond blanc et les chiffres blancs se confondent. Il photographie son visage après chaque séance de travail. Il enregistre sa voix en comptant. L’œuvre entière est une vie. Ou l’inverse.

Sophie Calle suit des inconnus dans la rue, les photographie à leur insu, reconstitue leurs histoires. Elle se fait engager comme femme de chambre dans un hôtel pour photographier les affaires des clients. Elle demande à des aveugles de naissance ce qu’est la beauté pour eux. Ses contraintes à elle sont des enquêtes, des infiltrations, des protocoles de rencontre avec l’autre. L’OuViePo lui doit beaucoup, notamment toutes les contraintes du domaine Relation.

Marina Abramović pousse le corps jusqu’à ses limites, et parfois au-delà. Elle tient des positions douloureuses pendant des heures, traverse des flammes, affronte le regard du public pendant des jours entiers sans bouger. Ce que ses œuvres démontrent, c’est que le corps est le premier territoire de la création… et souvent le dernier auquel on pense.

Ces artistes n’ont pas créé l’OuViePo. Ils ont créé les conditions pour qu’il soit pensable. Chaque contrainte du site leur rend, à sa façon, un hommage discret. Pas une copie, pas un hommage académique… une continuation.

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