L’OuViePo est né de trois phrases.
La première, de Robert Filliou : « L’art est la seule chose qui rende la vie plus intéressante que l’art. » La deuxième, de Joseph Beuys : « Jeder Mensch ist ein Künstler », chaque être humain est un artiste. La troisième, du proverbe Nguni Bantu : Ubuntu, je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous.
Trois phrases. Trois convictions. Un projet.
L’idée centrale est simple, presque insolente : s’inspirer de l’OuLiPo, l’Ouvroir de Littérature Potentielle, fondé en 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais, non pas pour contraindre l’écriture, mais pour contraindre la vie elle-même. Prendre la rigueur formelle de Perec, la logique combinatoire de Calvino, la discipline mathématique de Queneau et les appliquer non pas à la page blanche mais à l’existence quotidienne. Au corps. Au temps. Aux objets. Aux relations. À l’espace urbain.
L’OuLiPo avait compris quelque chose d’essentiel : la contrainte n’emprisonne pas la création, elle la libère. En réduisant le champ des possibles, elle force l’auteur à trouver ce qu’il n’aurait jamais cherché autrement. Georges Perec écrit un roman entier sans jamais utiliser la lettre E et ce roman, La Disparition, est une œuvre. Pas malgré la contrainte. Grâce à elle.
L’OuViePo part du même principe, mais déplace le terrain. Ce n’est plus la langue qui est contrainte. C’est la vie. Le geste quotidien. La façon de marcher dans une rue, de photographier un objet, de compter ses jours, de suivre un inconnu, d’écouter ce qu’on n’écoute jamais. Chaque contrainte est un protocole – précis, reproductible, ouvert. Quelqu’un le lit. Quelqu’un le fait. Quelqu’un laisse une trace. Et recommence.
Ce projet ne s’adresse à personne en particulier. Il s’adresse à tout le monde. Il n’y a pas de public cible, il y a des gens qui n’ont pas encore trouvé leur contrainte. Un formateur en reconversion, une adolescente qui s’ennuie, un retraité qui n’a plus touché un crayon depuis quarante ans, un développeur qui a oublié qu’il avait un corps. Beuys avait raison : chaque être humain est un artiste. La plupart l’ignorent simplement encore.
Ubuntu dit le reste : personne ne crée seul. L’OuViePo est un « ouvroir » : un atelier collectif. Les contraintes sont des propositions, pas des injonctions. Les traces sont des réponses, pas des performances. Et l’ensemble, peu à peu, devient quelque chose qui ressemble à une œuvre commune.
Trois phrases. C’est suffisant pour commencer.